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Usage médical de la marijuana pour traiter le glaucome

Résumé

L’utilité clinique de la marijuana pour le traitement du glaucome est limitée par l’incapacité d’en séparer les actions cliniques potentielles des effets neuropsychologiques et comportementaux indésirables.

La Société canadienne d’ophtalmologie n’entérine pas l’utilisation de la marijuana à des fins médicales pour le traitement du glaucome, à cause de sa courte durée d’action, des indices d’effets secondaires indésirables au niveau psychotrope et autres, ainsi que de l’absence de preuves scientifiques démontrant ses effets bénéfiques au niveau du cours de la maladie.

Ce n’est pas le cas d’autres méthodes médicales, laser et chirurgicales, plus efficaces et moins nuisibles pour traiter le glaucome.

Énoncé de politique complet

La plante de marijuana Cannabis sativa est depuis longtemps reconnue pour ses propriétés médicinales.1 En 1964, le composant actif de la marijuana, le Δ9‐tétrahydrocannabinol (THC), a été isolé et sa structure définie.2

En plus de ses effets psychotropes, le THC agit également comme analgésique, stimulant de l’appétit et suppresseur de la nausée. Les effets de réduction de la pression intraoculaire de la marijuana ont tout d’abord été mentionnés en 1971.3

Depuis, d’autres études ont confirmé l’effet de réduction de la pression intraoculaire du THC par son administration de différentes façons, notamment par inhalation4 et par voies orale,5 intraveineuse,6 sublinguale,7 et topique.8

Bien que l’application topique puisse sembler constituer la voie d’administration optimale, la pénétration oculaire s’est avérée faible à cause de la lipophilie élevée et de la faible solubilité aqueuse des extraits de cannabis.

Les préparations topiques ont également causé des irritations locales ainsi que des dommages à la cornée.

De plus, certaines études n’ont pas réussi à démontrer l’effet hypotensif du THC topique.9,10 La voie orale est également limitée par un taux d’absorption variable.5

Le mécanisme de la réduction de pression intraoculaire n’est pas bien compris.11‐13 L’effet hypotensif maximum se produit après de 60 à 90 minutes, et sa durée d’action est courte, de 3 à 4 heures seulement.3,14

Le principal problème relié à l’inhalation de la fumée produite par la combustion de la marijuana est ses effets secondaires, qui comprennent de façon aiguë des effets psychotropes (euphorie, dysphorie, diminution de la mémoire à court terme, déficience cognitive, distorsion temporelle, moins bonne coordination, sommeil),4,5 tachycardie, palpitations, hypotension systémique8 et hyperémie conjonctive.

Les effets à long terme de fumer la marijuana comprennent l’emphysème et possiblement le cancer du poumon.15 On s’inquiète également de ses propriétés potentiellement toxicomanogènes et du développement d’une tolerance.16

L’utilité clinique de la marijuana pour le traitement du glaucome est limitée par l’incapacité d’en séparer les actions cliniques potentielles des effets neuropsychologiques et de comportements indésirables.

La Société canadienne d’ophtalmologie n’entérine pas l’utilisation de la marijuana à des fins médicales pour le traitement du glaucome, à cause de sa courte durée d’action, des indices d’effets secondaires indésirables au niveau psychotrope et autres, ainsi que de l’absence de preuves scientifiques démontrant ses effets bénéfiques au niveau du cours de la maladie.

Ce n’est pas le cas d’autres méthodes médicales, laser et chirurgicales, plus efficaces et moins nuisibles pour traiter le glaucome.

Yvonne M Buys MD, FRCSC; Paul Rafuse MD, PhD, FRCSC (avril 2010)

Références

  1. Zias J, Stark H Sellgman J, et al. Early medical use of cannabis. Nature 1993;363:215.
  2. Gaoni Y, Mechoulam R. Isolation, structure and partial synthesis of the active constituent of hashish. J Am Chem Soc 1964;86:1646‐7.
  3. Hepler RS, Frank IR. Marihuana smoking and intraocular pressure. JAMA 1971;217:1392.
  4. Merritt JC, Crawford WJ, Alexander PC, Anduze AL, Gelbart SS. Effect of marihuana on intraocular and blood pressure in glaucoma. Ophthalmology 1980;87:222‐8.
  5. Merritt JC, McKinnon S, Armstrong JR, Hatem G, Reid LA. Oral delta 9‐tetrahydrocannabinol in heterogeneous glaucomas. Ann Ophthalmol 1980;12:947‐50.
  6. Purnell WD, Gregg JM. Delta(9)‐tetrahydrocannabinol, euphoria and intraocular pressure in man. Ann Ophthalmol 1975;7:921‐3.
  7. Tomida I, Azuara‐Blanco A, House H, Fling M, Pertwee RG, Robson PJ. Effect of sublingual application of cannabinoids on intraocular pressure: a pilot study. J Glaucoma 2006;15:349‐53.
  8. Merritt JC, Olsen JL, Armstrong JR, McKinnon SM. Topical delta 9‐tetrahydrocannabinol in hypertensive glaucomas. J Pharm Pharmacol 1981;33:40‐1.
  9. Green K, Roth M. Ocular effects of topical administration of delta 9‐tetrahydrocannabinol in man. Arch Ophthalmol 1982;100:265‐7.
  10. Jay WM, Green K. Multiple‐drop study of topically applied 1% delta 9‐tetrahydrocannabinol in human eyes. Arch Ophthalmol 1983;101:591‐3.
  11. Green K, Podos SM. Antagonism of arachidonic acid‐induced ocular effects by D1‐tetrahydrocannabinol. Invest Ophthalmol 1974;13:422–429.
  12. Porcella A, Casellas P, Gessa GL, et al. Cannabinoid receptor CB1 mRNA is highly expressed in the rat ciliary body: implications for the antiglaucoma properties of marihuana. Brain Res Mol Brain Res 1998;58:240–245.
  13. Zhan GL, Camras CB, Palmber PF, Toris CB. Effects of marijuana on aqueous humor dynamics in a glaucoma patient. J Glaucoma 2005;14:175‐7.
  14. Brown B, Adams AJ, Haegerstrom‐Portnoy G, et al. Pupil size after use of marijuana and alcohol. Am J Ophthalmol 1977;83:350–4.
  15. Hashibe M, Ford DE, Zhang ZF. Marijuana smoking and head and neck cancer. J Clin Pharmacol 2002;42(Suppl):103–7.
  16. Flom MC, Adams AJ, Jones RT. Marijuana smoking and reduced pressure in human eyes: drug action or epiphenomenon? Invest Ophthalmol 1975;14:52–5.

Les soins oculaires au Canada en chiffres

15,8 G$ : coût de la perte de vision au Canada, annuellement

8,6 G$ : coût immédiat des soins de santé, annuellement

7,2 G$ : coût indirect (pertes de gains, soins et réadaptation, matériel spécial, etc.)

30,3 G$ : coût annuel de la perte de vision au Canada d’ici 2032

[Source: Perte de vision au Canada 2011]

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